mardi 10 avril 2012

Poisson d'Avril au Domaine de la Salamandre


Durant le dernier week-end du mois de mars je me suis rendu pour la première fois au Domaine de la Salamandre dans le département de l’Aisne à proximité de LATILLY. Au moment de l’ouverture de ce réservoir j’avais reçu une invitation et les aléas de la vie avaient fait qu’au final je ne m’y étais jamais rendu, à mon grand regret. C’est chose faîte désormais, grâce à Laurette et Yves qui m’avaient fait par de leur envie de s’y rendre et m’avaient demandé si l’aventure me tentait. Je n’ai pas hésité pendant cent sept ans, et il nous fallait trouver un quatrième pêcheur pour cette aventure halieutique et c’est donc Guillaume qui lui non plus ne s’est pas fait prié pour être de la fête.

Tout commence le Samedi matin très tôt alors que le coq dort encore, nous sommes déjà fins prêts pour embarquer dans l’auto. Il y a un bon bout de chemin à faire, d’après madame GPS, un peu plus de trois heures trente. Nous n’aurons pas le temps de nous ennuyer, nous reparlerons de la soirée précédente où avec le club nous avons accueilli "le Pouic" qui nous a fait une démonstration du montage de la mouche d’Ornans. Je le remercie encore une fois ici. Après la petite pause café où nous aurons une fois de plus la joie de goûter aux talents de la cuisinière, Laurette, qui avait préparé des madeleines pour l’occasion. J’ai même eu droit au reliquat à emporter à la maison, le veinard, ou le gourmand, à chacun de voir …

Vers dix heures, nous arrivons aux portes du domaine, la grille s’entrouvre et nous sommes dirigés vers Vincent, le responsable de la pêche sur le domaine, qui va nous faire découvrir l’accueil où un magasin de pêche permet de pallier aux oublis éventuels. Je regarde les mouches dans les nombreux casiers et suis stupéfait de voir la taille des mouches utilisées sur le réservoir. Une grande majorité des bestioles représente des terrestres et je dois bien avouer que je n’ai pas pris ce genre de mouches. En même temps j’en ai juste une ou deux qui traînent à la maison. Par habitude je suis assez confiant sur mes montages mais là, pour une fois le doute s’installe en moi. Ensuite Vincent nous guide jusqu’aux hébergements se situant à quelques centaines de mètres de là. Après avoir déchargé un minimum la voiture et s’être changés, nous voilà enfin face au réservoir et je dois bien avouer que cela fait un choc de voir la blancheur du sol, malgré une luminosité plutôt faible à ce moment là. En effet, le lac est une ancienne carrière de silice qui servait pour le groupe St Gobain, donc le sable blanc recouvre une grande partie des berges de ce plan d’eau d’environ douze hectares. La luminosité est telle que je déconseille d’utiliser des verres jaunes sans risquer de se retrouver avec une migraine ophtalmique en moins de temps qu’il faut pour le dire !


Juste à coté du restaurant, le Lagon bleu, le bien nommé compte tenu de la configuration des lieux, nous allons monter les cannes, pour ma part ça sera une micro nymphe en pheasant. Quelques poissons s’activent au niveau des barques et c’est tout naturellement que nous allons les tenter. L’eau est claire, la pêche à vue devrait être un régal mais je vais vite déchanter, les fameuses truites analysent tout ce qui tombe à l’eau. Elles connaissent à priori tous les modèles par cœur à un tel point que je me suis demandé si ce n’était pas des poissons en plastique avec une petite clef sur le coté, les poissons du syndicat d’initiative en quelque sorte ! Chacun de nous quatre aura essayé d’en leurrer une, les truites suivaient, venaient vérifier si les mouches étaient montées conformément aux modèles des catalogues sans toutefois croquer dedans ! Après ce petit moment récréatif, chacun s’est dispersé afin de prendre possession des lieux et découvrir vraiment le Domaine de la Salamandre. Je me dirige vers la gauche du restaurant quelques poissons sont bien visibles mais aucun ne semble se nourrir jusqu’au moment ou j’arrive après les blocs rocheux je vois enfin trois truites en maraude dont une qui vient de se saisir d’une quelconque bestiole sous la surface. Entre les arbres je cherche un passage pour ma soie et mon bas de ligne et aussitôt j’attaque la gourmande truite qui vient voir ma nymphe, l’inspecte sous toutes les coutures pour finalement s’en détourner. Elle sont quand même malignes ces truites, peut-être que je pêche un peu gros en diamètre de fil mais compte tenu de la taille des poissons aperçus, je me refuse à descendre en dessous de mon fidèle RIO FluoroflexPlus en 12.7 centièmes. Il va falloir s’appliquer dans les posés pour que la nymphe puisse descendre correctement dans la couche d’eau le plus naturellement possible. Quelques dizaines de mètres plus loin, je retrouve des truites en vadrouille, le lancer sera plus simple car j’ai un peu plus de dégagement entre les arbres. Je calcule mon coup, le lancer se déroule bien, le posé est parfait, une truite est dans l’axe de la nymphe qui descend au ralenti. Elle s’approche quand tout à coup je vois très bien le blanc de la gueule puis plus rien, je ferre, c’est pendu, la truite est bien plus grosse que ce que pensais, de plus sa défense est assez exceptionnelle ! Après une grosse bagarre, elle se rend finalement et vient remplir toute "l’épuisette à Bébert". C’est une magnifique truite arc en ciel toute musclée, avec le dos bleu et les flancs plutôt clairs, on n’y aperçoit pas la ligne latérale comme sur les arcs habituelles. A peine le temps de remettre ce poisson dans son élément qu’une autre truite croise à portée de lancer et le même scénario se produit, la goulue truite engame ma petite nymphe extra légère, corps en héron cerclé de cuivre et tête en fil noir, et finit au fond de l’épuisette plus rapidement que sa congénère car elle est de taille bien plus modeste.


Je me dis que pour ce matin la pêche est sauvée et je décide de continuer le tour du réservoir avant que l’heure du repas ne sonne. Je fais donc le tour en scrutant si j’aperçois des poissons mais à ma grande surprise je n’en vois pas. Tout juste quelques gobages bien trop éloignés de la bordure où je me trouve me sortent de ma torpeur de temps en temps. L’eau est pourtant claire, le problème vient probablement du contraste avec la lumière qui est assez particulière à ce moment là du séjour, de plus le vent se mêle à la fête ce qui ne favorise pas mes desseins. Tout en faisant le tour du domaine, je me laisse à rêver que je suis à la pêche dans un canyon, et je m’attends à voir arriver les cow-boys et les indiens d’un instant à l’autre ! Sous mon poids, le sable se dérobe et parfois la progression est difficile. Je n’aurais croisé que trois autres pêcheurs sur les rives et trois barques ce qui fait au final très peu de monde. Sur le retour vers mes camarades, le chemin est un peu plus facile mais les truites sont toujours aussi peu nombreuses, en réalité je n’ai même pas eu l’occasion de tenter un seul poisson sur tout le tour. Cela me laisse sur ma faim car cela commençait plutôt bien. Je retrouve mes comparses dans une petite anse où quelques poissons tournent et où ils ont réussi à faire quelques prises en cours de matinée. Eux aussi sont enchantés par l’endroit, cela rappelle des souvenirs à Yves, le sable de la dune du Pyla …

Il est presque treize heures et nous allons nous diriger vers le restaurant, le Lagon bleu, afin d’y prendre notre premier repas. Avant cela une bonne pression viendra humidifier nos gosiers asséchés par le vent et le sable du désert. Nous passerons un bon moment à table comme à chaque fois que nous nous y rendrons durant ce séjour. Ce qui surprend le plus c’est de voir le nombre de personnes qui viennent manger dans ce restaurant, sans être des pêcheurs. Perdu comme il est, au milieu de nulle part, le paysage caractéristique , la vue sur le lac et les poissons depuis la terrasse n’y sont pas étrangers. Après le repas, il faut réfléchir à la meilleure technique pour tirer le meilleur de ce réservoir, les poissons auprès des barques sont toujours là et refusent toujours les nymphes et autres bestioles présentées. Autant ne pas s’attarder et c’est dans la petite anse pêchée avant midi que nous allons retourner car visiblement c’est là qu’il y a un peu d’activité. Le vent ride la surface de l’onde et la pêche à vue devient encore plus aléatoire donc je décide de mettre un petit chiro de couleur bordeaux en lieu et place de ma traditionnelle nymphe. Rapidement je touche un premier poisson que je décroche. Une autre touche sur le lancer suivant me rapporte une truite supplémentaire. Quelques minutes plus tard, je me fais exploser par une mémère et donc je pense avoir trouvé la pêche. J’en informe mes camarades pour qu’eux aussi puissent profiter de l’aubaine avant de faire mon deuxième tour du lac. Au tout début de ce deuxième tour, les conditions climatiques ont changé de façon considérable, le vent s’est renforcé et la pression a chuté vertigineusement ce qui a eu pour effet de faire descendre les poissons dans la couche d’eau. Autant dire que la pêche est devenue plutôt aléatoire, j’ai eu la chance de prendre une superbe fario toute grasse vers les roches à gauche du restaurant et mis à part ça, plus rien pendant un long moment. Secrètement, j’imaginais que sur le soir venu, le vent se calmerait et que la pêche en sèche avec de grosses phryganes pourrait avoir lieu. Il n’en sera rien, il fait vraiment trop froid. Peu importe il reste demain pour faire mieux en espérant que le temps change un peu.


Après le passage au restaurant et la petite bière qui va bien avant, nous allons prendre nos quartiers pour la nuit dans un des chalets, où une tronçonneuse va tourner une bonne partie de la nuit. Au petit matin, la prairie était toute gelée ainsi que les vitres de la voiture. Le ciel est clair mais le vent reste glacial. Nous sommes le premier avril et j’ai emporté avec moi quelques petits poissons à accrocher un peu partout … Une fois tout le monde prêt à quitter les lieux, nous allons nous rendre au restaurant pour le petit déjeuner que je vais qualifier de gargantuesque. Entre les croissants et les petits pains, le beurre et la confiture il y avait de quoi tenir le siège un bon moment ! Mais bon, nous ne sommes pas venus pour manger alors c’est reparti pour une matinée à traquer dame truite. Laurette va partir avec un poisson d’avance sur tout le monde, car j’ai réussi à en accrocher un sur sa veste ! Le premier poisson à subir le fer de mon hameçon, je le partage volontiers avec Guillaume. En effet, j’ai ferré quand il m’a dit c’est pris. Il était juste en face du poisson que je visais mais que je distinguais à peine. Donc Merci Guillaume car sans toi, je n’aurai jamais réussi cette prise. Je suis décidé pour refaire à nouveau le tour du réservoir et Guillaume aussi. Le vent ne souffle que par rafale et dans la partie la plus étroite du lac, il y a des secteurs calmes où j’aperçois quelques truites en maraude. Elles sont vraiment très loin mais je vais tout de même tenter ma chance. Il y a un poisson qui retient toute mon attention pendant plus d’un quart d’heure. Elle est trop loin pour espérer la prendre. A un moment donné, elle fait un mètre vers moi au moment ou je viens de lancer. La grosse tache noire s’approche de la nymphe et je décide d’attirer son attention par une tirée sur la soie, car j’ai bien compris que les résidentes de ce lac s’intéressent aux terrestres la majeure partie de leur temps. Donc elles cherchent des choses qui bougent, ce qui explique en partie la réussite sur les chiros la veille. La truite accélère mais ne trouve pas la nymphe. Je relance tandis que la truite continue à avancer vers moi, le lancer est parfait, la nymphe tombe parfaitement dans son champ de vision. Je suis prêt, elle n’a plus qu’à croquer la nymphe, et c’est ce qu’elle va faire mais je la vois presque trop bien prendre et je ferre un poil en avance. La truite se dépique quasiment juste après le ferrage, elle va tournoyer comme elles le font souvent après s’être fait piéger. J’enrage pendant un moment quand, au même endroit, deux autres poissons tournent à la recherche de leurs pitances. A ce moment là Guillaume me rejoint car il m’a entendu crier, mais c’était un cri de désespoir. A priori l’endroit est bon à cet instant de la journée, je me concentre à nouveau afin d’attaquer ces poissons convenablement. Une dizaine de minutes plus tard, une superbe truite va craquer pour la petite nymphe en héron.Une fois de plus, ma ténacité sur ce secteur aura fini par payer. Ensuite je vais retrouver au bout du lac Laurette et Yves qui va tenir une belle bête qui ne s’en laissera pas compter et finira par se décrocher ! Tous les deux pêchent en sèche avec de grosses phryganes du style "Sedge Goddard" et ont enregistré quelques prises.

Ensuite, le vent va encore se renforcer et comme la veille les poissons vont descendre afin de disparaître de ma vue. Et il va falloir une fois de plus s’adapter, je vais repêcher aux chiros mais avec toutefois moins de succès que la veille. Je vais plus décrocher que prendre, les poissons sont tatillons. Alors que je suis revenu en face du restaurant. J'observe sur la rive en face Vincent et un de ses amis qui cartonnent. Il faut dire qu’ils connaissent parfaitement les lieux et qu’ils ne pêchent pas comme nous. Ils utilisent, des soies intermédiaires et des streamers pour traquer les truites au plus creux. Les heures s’égrènent et déjà l’heure du repas approche. Je vais encore tenter ma chance sur les truites à proximité des barques avec toujours le même résultat même si j’ai bien cru réussir plusieurs fois …

L’après midi après le repas, je vais faire une erreur de stratégie et perdre plus de temps à grenouiller qu’à pêcher et donc au final aucune prise pour moi. Pendant ce temps là, mes trois comparses se sont positionnés sur un bon secteur mais difficile à pêcher du bord. Ils vont pouvoir pêcher au chiro et en sèche et enregistrer quelques jolies prises mais aussi quelques casses mémorables. A un moment une abeille va tomber à l’eau et disparaître dans la gueule d’une truite sous les yeux de Guillaume qui observait l’insecte balayé par les vagues. Un mini bomber sorti de sa boîte fera l’affaire et permettra d’enregistrer quelques touches supplémentaires. Pendant ce temps là, je discute un bon moment avec Vincent et même si je n’enregistre pas de prise, peu m’importe, j’ai apprécié ce moment d’échange. Il était un peu déçu pour nous que les conditions météo n’aient pas été des plus propices, mais qu’importe, il faut bien faire avec. Je crois que finalement ce sont les poissons eux même qui nous ont fait le coup du poisson d’avril ! Vers dix sept heures il était temps de plier le matériel et d’aller régler notre facture au restaurant car ensuite il y avait encore autant de route qu’à l’aller. Comment pourrait-il en être autrement ? Avant notre départ Vincent est venu nous donner quelques terrestres en souvenir de notre passage sur le domaine de la Salamandre. Afin d’immortaliser la chose, j’ai fait quelques clichés des bêtes depuis la balustrade avec vue sur le lac que je vous présenterai dans un futur montage vidéo.


Après avoir remercié et salué l’équipe du restaurant et Vincent, nous reprenions la route. Une petite pose vers Chalons pour remettre un peu d’air dans une roue qui nous avait déjà fait des misères à l’aller. Et voilà que trois heures trente plus tard nous arrivons au domicile de "Lauryves" où nous allons encore une fois goûter aux talents de la cuisinière qui avait tout prévu pour que nous ne rentrions pas le ventre vide. Après ce bon repas il était temps de rejoindre mes pénates avec plein de bons souvenirs.

J’invite tous les pêcheurs qui veulent vivre une expérience particulière de venir faire un séjour au Domaine de la Salamandre, dépaysement garanti ! Pour ma part je m’y suis bien plu et j’en suis sûr je reviendrai avec cette fois un peu de terrestres dans les boites. Avant de partir, un grand merci à mes trois comparses pour ce week-end bien sympathique !

2 commentaires:

Dominique CHILTE a dit…

C'est un peu long pour moi, mais je ne me suis pas lassé à te lire, ce qui voudrais que tu écris bien...
Ou alors je cherche encore le poisson d'avril comme la mouche que j'ai laissé hier dans mon dos!
Je suis allé hier, au lac de Saulxures et je suis rentré déçu d'avoir mal pêché, certes mais par la qualité de l'eau qui ne permettait pas ou peu la pêche en nymphe à vue.
J'étais encore à Sommeudieue

Dark Vaders a dit…

Merci Dominique !

Quel doux rêveur tu me fait ...