mardi 13 décembre 2011

Qui osera les manger ?


Cela fait un bon moment que je souhaitais écrire cet article et je pense que le moment est venu de vous parler de la qualité de nos rivières et plus particulièrement de la Moselle. Il me semble que si la rivière est dégradée, les habitants de cette dernière le sont aussi, donc qui pourrait avoir envie de manger des poissons de cette rivière ? Il y a fort longtemps, plus de vingt années, je sais que les pêcheurs à la mouche fréquentaient déjà la rivière et que les poissons étaient nombreux. Tous les poissons gobeurs étaient présents en nombre, chevesnes, vandoises, ablettes, rotangles, truites et ombres communs et sûrement encore d’autres, et la rivière était régulièrement en ébullition au moment des éclosions à tel point qu’il était impossible de faire une dérive dans prendre une des ces espèces !

L'eau ferrugineuse c'est peut-être comme ça qu'elle ce fait ?
 Je me rappelle quand même assez bien cette période, où adolescent, pendant les grandes vacances, je me rendais régulièrement depuis Girmont à la piscine de Thaon les Vosges et de ce fait, je passais sur le pont enjambant la Moselle et je pouvais y voir de nombreux poissons. Aujourd’hui, il suffit de se rendre sur ce même pont et vous comprendrez bien qu’il y a un problème sur cette rivière, tous ces poissons ont disparu ou presque ! Tout juste quelques hotus se délectent de quelques trop rares larves sur les plaques rocheuses. Je parle ici de ce pont mais mes propos restent valables sur la totalité de la rivière. 

No comment !
Quelles pourraient être les raisons de ces changements ? La pression de pêche ? Certainement pas, les ventes de cartes sont en chute libre depuis plusieurs années, même si parmi les disciples de Saint-Pierre certains sans activités y passent le plus clair de leur temps. Les prélèvements trop nombreux ? Cela peut jouer dans certains cas, mais soyons sérieux, je ne vois pas les pêcheurs responsables de la disparition des poissons blancs vu le peu d’intérêt culinaire de ces derniers. J’entends déjà certains accuser le fameux cormoran, phalacrocorax, et le porter comme unique responsable, il a sûrement une part de responsabilité mais je ne lui ferai pas porter le chapeau. D’ailleurs, il n’y a pas que les poissons qui disparaissent, très honnêtement, vous pensez que le grand cormoran mange des larves d’éphémères pour ne citer qu’elles ? Bien sûr que non !

De la pollution, où ça ? Il n'y a rien là ...
Le mal est ailleurs, plus insidieux, pernicieux, la pollution est là, partout autour de nous et nous fermons les yeux ! Oui, bien sûr les rivières sont polluées depuis la nuit des temps mais seulement les pollutions étaient différentes. Souvenez-vous, à l’époque, les égouts qui se jetaient dans nos rivières, il y avait de la matière organique dans ces rejets là, les poissons arrivaient à vivre et à se reproduire, la rivière pouvait digérer ces matières, à ce jour ce genre de rejets tend à disparaître et c’est une bonne chose même s’il reste encore de gros points noirs. La population s’est densifiée et nos stations d’épuration ne sont pas en mesure de retraiter toutes les matières qui se présentent au dégrilleur. Je doute du bon fonctionnement de ces stations où effectivement on voit parfois sortir de l’eau claire mais au final, que contient t-elle vraiment ? Je n’ose y penser. Chacun d’entre nous utilise des produits de plus en plus puissants pour nettoyer ceci ou cela, souvent à composante chimique, donc plus difficile à retraiter en station d’épuration. Cela doit forcément avoir un impact.

Lessive et compagnie !
Et les entreprises dans tout ça, n’ont-elles pas une part de responsabilité ? Il suffit de faire un rapide tour d’horizon auprès des nombreuses usines qui utilisent l’eau de la rivière et chacun pourra se rendre compte qu’elles contribuent à pourrir la rivière. Sans la moindre analyse, juste en regardant la texture ou la couleur des fonds voir de l’eau, on se rend vite compte de l’étendue des dégâts. Mais à en croire certains, les usines ne polluent pas !

L’agriculture elle aussi joue un rôle, il faut récolter toujours plus avec encore plus de rendement. Cela ne se fait pas sans mal, donc il faut ajouter des produits à la terre qui à un moment ou un autre finissent par se retrouver dans la rivière ! Comment expliquer toutes les algues filandreuses qui colmatent les fonds ? L’explosion de la renoncule aquatique qui devient plus qu’envahissante ? Quand je lis dans la presse que la renoncule est signe de bonne qualité d’eau, cela me laisse perplexe.

Extraordinaire non ? En permanence dans la Moselle ...
Les poissons qui peuplent encore les eaux de la Moselle sont de sacrés guerriers, il leur faut une sacrée dose de courage pour lutter de la sorte contre toutes ces pollutions chroniques et pour certains être encore capables de se reproduire de temps à autres. Je reviens sur la population des ombres commun de la moyenne Moselle, il faut être conscient que sans l’effort consenti par les AAPPMA et la fédération de pêche des Vosges de mettre des juvéniles depuis quelques années et de les protéger par un arrêté de pêche sans tuer, ils auraient disparus de la circulation depuis belle lurette !

Afin de conclure cet article, amis pêcheurs, avez-vous observé des grandes éclosions ces dernières années ? Avez-vous soulevé des cailloux pour voir les larves qui résident sous les pierres ? A part les larves de phrygane qui elles supportent plutôt bien la pollution, la diversité disparaît peu à peu et tout cela dans la plus grande indifférence. J’aimerai bien voir un IBGN réalisé sur la rivière, histoire de voir où nous en sommes. L’IBGN (Indice Biologique Global Normalisé) est une méthode standardisée utilisée en écologie appliquée afin de déterminer la qualité biologique d'un cours d'eau. On y trouvera sans doute, des phryganes ce qui n’est pas gage de bonne qualité, loin s’en faut. Parmi elles des hydropsyches, des larves à fourreau, sûrement un peu de larve de baétis car quelques éclosions se sont déroulées cet automne mais après, que trouvera t-on ?

Sympa la couleur de l'eau non  ? Il faut voir le fond à cet endroit, c'est stupéfiant !
Au moment où j’écris ces lignes, la Moselle comme de nombreuses rivières a vu son niveau augmenter suite aux pluies conséquentes des jours derniers. Les pollutions diverses et variées s’en trouveront diluées. Peut être que cela permettra de limiter la casse sur les rivières franc-comtoises qui sont en pleine souffrance, depuis quelques années. Mais ce qui m’inquiète pour notre avenir tout proche c’est le déroulement du frai des truites de cette fin d’année. Sur la Moselle, les truites n’ont pas réussi à rejoindre les tributaires pour se reproduire, elles ont frayé en pleine rivière, et avec l’augmentation soudaine du débit, il y a fort à parier que tout a été balayé par la force du courant. Il ne reste plus qu’à espérer que quelques truites n’aient pas encore décidé que le moment de la reproduction était venu et cela permettra de soutenir les populations restantes.

Certes sur le département de nombreuses écloseries sont activées et cela permet de colmater les brèches mais je me pose souvent la question suivante. Depuis le temps que l’homme remet du poisson dans la rivière, il ne devrait plus y avoir de place pour y mettre de l’eau et pourtant il n’en est rien. Alors, un jour il va vraiment falloir prendre des décisions et sacrifier l’argent dévolu aux alevinages en tout genre et plutôt consacrer ce même argent pour la vraie réhabilitation du milieu et lutter contre les pollutions. Je reste persuadé que les insectes et les poissons retrouveront leurs places dès lors que le milieu le permettra.

Non, non, ceci n'est pas une frayère !
Nous voilà à la fin de ce billet et j’en reviens à mon titre, après avoir lus ces quelques lignes et vus ces images à vous poser la question suivante, qui osera les manger ? Moi c’est sûr je m’y refuse !


6 commentaires:

JM51 a dit…

Certainement pas moi!
Triste réalité.

Dark Vaders a dit…

JM51, je le savais déjà que tu ne mangeais pas tes compagnons de jeux ! Merci de le confirmer tout de même ! Comme tu le dis, c'est une triste réalité, mais j'espère qu'un jour nous réussirons à faire prendre conscience au pouvoir public de ce problème qui n'as pas fini de prendre de l’ampleur ...

Anonyme a dit…

Tes photos parlent d'elles même,j'en prendrai d'autres en 2012,il reste d'autres endroits où les sources de pollution sont bien visibles...

JEROME

Robert GAMBIN a dit…

Bravo Manu,
Très belle littérature à méditer par tous et bon courage pour l'avenir.
Robert

Polo. a dit…

Toutes tes photos, je les aient déjà vues et parfois ailleurs. Donc comme tu le souligne, ce n'est pas un cas isolé mais une globalité. Encore hier j'ai constaté, comme sur ta photo du ruisseau passant en dessous de Viskase, de la mousse qui selon mes sources proviennent très certainement plus en amont, c'est-à-dire l'entreprise Anett. Ceci n'est pas une accusation infondée puisqu'il suffit de regarder le dernier compte rendu du conseil général de Thaon pour entendre parler d'une demande d'épandage des déchets non recyclables sur les champs cultivés situés derrière chez moi. Et donc à côté de la Moselle par Anett.Il n'est pas nécessaire d'être né de la dernière pluie pour s'imaginer que le lessivage naturel de ces produits irons tout droit dans les nappes et dans notre cours d'eau. J'ai donc prévenu M. Mougin qui fera ce qu'il peut pour empêcher ça. Mais malheureusement, l'argent passe devant tout est ce n'est pas encore gagné. Il compte faire pression avec la presse.

C'est un pas en avant que de constater et de rager sur la société actuelle qui privilégie l'économie à l'installation de choses durables, résistantes et réfléchies (ça, de la réflexion, y'en a plus beaucoup actuellement), mais malheureusement ce sont eux qui dirige et la nature passe après. Il réagiront quand il sera trop tard. A moins qu'un groupuscule parvienne à se faire entendre. Ce que je souhaite.

Polo.

Inés Jacoberger a dit…

Le pont de Girmont ... Le temps que je passais gamin ou ado à voir miroiter les énormes bancs de hotus, les barbeaux, les gobages de truites et les brochets sur les bordures ... Je vois que la situation évolue peu depuis mon départ loin de Thaon pour le boulot concernant la qualité de l'eau et de l'environnement. Chouette blog en tout cas, que je viens de parcourir longuement en repensant à mes incroyables parties de pêches autour d'Epinal.
Bonne continuation et encore félicitations pour le blog
Dom